The Organization of Aid
During a recent visit to the Mémorial de la Shoah (Holocaust Museum) in Paris, I caught a temporary exhibition on the role of foreigners in the French Resistance. It was a discovery of some of the people born outside France who helped save those persecuted inside it during the Occupation. Many of these champions of freedom are probably unknown to most Americans, but two of those featured in the exhibit were in fact American: Varian Fry and Tracy Strong, Jr.
During a recent visit to the Mémorial de la Shoah (Holocaust Museum) in Paris, I caught a temporary exhibition on the role of foreigners in the French Resistance. It was a discovery of some of the people born outside France who helped save those persecuted inside it during the Occupation. Many of these champions of freedom are probably unknown to most Americans, but two of those featured in the exhibit were in fact American: Varian Fry and Tracy Strong, Jr. I wrote up a piece on them for an NYU class I took on immigration to France. (I owe my gratitude to the professor and a friend for their feedback; any errors in the revision remain mine.) Below is the piece in French, which both Fry and Strong spoke fluently.
L’ORGANISATION DE SECOURS
Dans l’histoire de résistants d’origine américaine, Joséphine Baker se distingue particulièrement. Entrée au Panthéon en 2021 tant pour ses activités de résistance que pour ses contributions artistiques au rayonnement de la France, son pays adopté, elle fut récemment accompagnée l’an dernier d’un autre résistant qui fut lui aussi d’origine étrangère, Missak Manouchian. Ces grands personnages sont dignes d’un honneur national et sont reconnus également au Mémorial de la Shoah. Ce dernier met aussi en lumière des résistants moins connus. Deux Américains sont actuellement présentés à l’exposition temporaire au Mémorial de la Shoah, Des Étrangers dans la Résistance en France (février-octobre 2024) dont Varian Fry et un compatriote encore moins connu, Tracy Strong, Jr. L’exposition témoigne de l’importance du secours qu’ils portèrent à de nombreux Juifs et exilés du régime nazi.
Le Comité américain de secours (Emergency Rescue Committee) fut fondé à New York en juin 1940 par un président d’université et un syndicaliste. Avec le soutien du Modern Art Museum, des bienfaitrices riches et même de la femme du président des États-Unis, Eleanor Roosevelt, il mit en œuvre un plan de secours pour les exilés politiques, culturels, syndicaux ou intellectuels en France non occupée. Il leur procura des visas d’exception (danger visas) pour ces exilés, des logements sûrs en attendant leur départ ainsi que des financements pour leurs voyages. Au cœur de cette organisation se trouvait Varian Fry, jusqu’alors journaliste chez Foreign Affairs, qui s’établit en août 1940 à Marseille, épicentre des exilés en zone non occupée. Fry se vite mit en relation avec plusieurs collaborateurs de divers profils y compris le résistant et militant socialiste, Daniel Bénédite, le faussaire Bill Freier, des membres du service public français ainsi que le vice-consul américain, Hiram Bingham IV. Fry et son Comité arrivèrent à faire sortir plus de deux mille réfugiés de France parmi lesquels sont le peintre Marc Chagall, l’artiste polyvalent Max Ernst, le sculpteur Jacques Lipschitz, et l’écrivain André Breton. Fry passa treize mois à Marseille, période durant laquelle il écrit son témoignage des efforts du Comité.
Il n’était pas possible de mener ces activités clandestines très longtemps avant que Fry et ses collaborateurs n’aient attiré l’attention du département d’État américain. Par conséquent, le consul général à Marseille désavoua Fry et l’obligea à retourner à New York. Lorsque Fry désobéit à son rapatriement, l’ami du consul général américain et directeur de police à Marseille, Maurice Rodellec du Porzic, menaça Fry d’arrestation et de résidence forcée. Fry accepta enfin de quitter le territoire français. Dans son témoignage publié sous le titre, « Livrer sur demande… », Fry demanda au chef de police : « Dites-moi, franchement, pourquoi vous acharnez-vous sur moi ? – Parce que vous protégez les Juifs et les antinazis. » (Fry 2017, 315).
Le Comité américain de secours échoua dans sa tentative d’aider le philosophe allemand Walter Benjamin à quitter la France. En franchissant la frontière espagnole à Port-Bou le 25 septembre 1940, la police arrêta Benjamin et l’informa qu’il serait renvoyé en France. Ce mensonge tragique conduisit Benjamin à se suicider, craignant d’être remis aux nazis. À peine un an plus tard, Varian Fry suivit ce même chemin à Port-Bou pour se rendre d’abord à Barcelone puis à Lisbonne afin d’embarquer un navire pour New York.
Browning (2023) montre que les secours pendant le régime nazi pouvaient se manifester à la fois sur le plan organisationnel, comme dans l’exemple du Comité américain de secours, et sur le plan communautaire. Ce fut le cas de nombreux résidents du Chambon-sur-Lignon (Haute-Loire) entre 1940 et 1942. Un autre Américain expatrié en Europe, également internationaliste et polyglotte, Tracy Strong Jr., entreprendrait un secours avec les résidents du village. D’abord, Strong se voulut neutre envers l’Allemagne. Protestant et pacifiste, il souhaitait éviter une seconde guerre à tout prix. Mais dès la chute de la Troisième République, Strong s’engagea avec l’organisation YMCA (Young Men’s Christian Organization) à Genève, ville qu’il connaissait de son enfance. Strong fut alors envoyé en Allemagne dans les camps de prisonniers de guerre qui détenaient principalement des soldats français. Au bout d’un an, les nazis refusèrent que l’ennemi continue à travailler sur le sol allemand même dans le cadre d’un organisme « neutre » et le conduisirent à la frontière. Par la suite, Strong s’engagea avec la YMCA à Marseille. Pendant dix-huit mois, entre mai 1941 et novembre 1942, il travailla dans les camps d’internement dans le sud de la France dont Gurs et Rivesaltes, qui hébergeaient des Juifs et des réfugiés espagnols fuyant le régime de Franco. Strong organisait des activités pour tenter de redonner le moral aux internés. Il prit aussi des photographies clandestines de la déportation des Juifs du camp de Rivesaltes.
Avec le soutien de l’European Student Relief Fund, Strong et son ami, le curé protestant André Trocmé, fondèrent la Maison des Roches au Chambon-sur-Lignon pour les Juifs et autres réfugiés. Les deux amis étaient convaincus qu’ils auraient un impact plus important sur les réfugiés en dehors des camps d’internement. Strong organisa alors la libération de plusieurs internés des camps pour les installer à la Maison des Roches au printemps 1942. Avec l’expansion des rafles dans le Sud de la France, Strong retourna en Suisse où il réussit à procurer des visas pour vingt-et-un réfugiés juifs. Pour cinq autres réfugiés qui furent refusés à la frontière et renvoyés à Rivesaltes, Strong leur procura finalement des visas pour pouvoir entrer en Suisse et éviter la Solution finale. Comme Fry, Strong documenta beaucoup ses activités, bien qu’avec moins de fréquence et de détails. Ses documents personnels de cette période montrent un degré influent d’organisations à titre humanitaire—dont vingt-neuf au total—qui opérèrent dans la zone non occupée et sans pareil dans le reste de l’Europe nazie (Browning 2023). Strong lui-même ne pouvait pas quitter la Suisse entre 1942 et 1944, mais une fois autorisé à sortir, il s’engagea tout de suite dans l’armée américaine à Londres. L’ancien pacifiste se transforma en combattant.
Varian Fry et Tracy Strong sont-ils dignes du nom résistant ? De héros ? Certains pourraient soutenir l’idée que ni l’un ni l’autre ne furent assez pour sauver plus de Juifs et d’autres exilés. Le nombre d’Européens sauvés par le Comité américain de secours ne représente qu’à peine la moitié des réfugiés antifascistes en France (Grynberg 1999, 192). Pour sa part, Strong n’en a même pas atteint une trentaine. Cependant les faits historiques nous rappellent les contraintes auxquelles ces hommes durent faire face. Une fois que les Etats-Unis entrèrent en guerre fin 1941, tout Américain en zone occupée aurait été considéré suspect et potentiellement détenu. Et la division entre France libre et France occupée eut dissout en 1942. Fry et Strong ne purent pas rester en Europe plus longtemps, mais cela n’aurait pas minimisé les actes humanitaires qu’ils menèrent. Peut-être conviendrait-il mieux de les appeler simplement des hommes qui firent ce qu’ils pouvaient dans une situation difficile avec les moyens dont ils disposaient. Et la conséquence de leurs actes était non négligeable : sauver bon nombre de Juifs et exilés tout de même. Le nombre des Européens enlevés des mains des nazis par Fry et Strong n’est pas dans les millions mais pour ceux et celles qui furent sauvés, c’est le seul nombre qui compte.
Par ailleurs, c’est grâce à Varian Fry que le Comité américain de secours put organiser des visas au moins pour certains Européens. Oui, des artistes de renommée. Mais le Comité n’aurait forcément pas pu faire de même pour des gens « ordinaires » qui ne pouvaient en aucun cas solliciter un visa d’exception. Il faut se rappeler aussi que les Etats-Unis jugeaient inacceptables les communistes : Missak Manouchian n’aurait pas eu de chance pour y aller. C’est aussi grâce à Fry que nous avons un témoignage du travail important du Comité américain de secours. Pour Strong, nous avons d’autant plus : preuve que les transferts depuis les camps d’internements français vers Drancy et l’Est eurent bien lieu. Entre journaux personnels et photos inédites, Fry et Strong firent de l’historiographie qui contribue à l’enrichissement des savoirs sur la Shoah.
Jabonkla fait remarquer que la mémoire de la Shoah est d’une part « universalisation de la mémoire » et d’autre part « renouvellement permanent des modes de souvenir et de transmission » (Jablonka 2013, 104). En effet la Shoah intégra toutes les victimes dans son histoire. Le Mémorial de la Shoah fait bien de commémorer Varian Fry et Tracy Strong, et leurs collaborateurs, en les regroupant parmi ceux que l’on peut appeler à juste titre résistants d’origine étrangère.
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
Browning, Christopher. 2016. “From Humanitarian Relief to Holocaust Rescue: Tracy Strong Jr., Vichy Internment Camps, and the Maison des Roches in Le Chambon,” Holocaust and Genocide Studies 30, no. 2 (Fall): 211–246. https://doi:10.1093/hgs/dcw031.
— — —. 2023. “An American in Germany: Fall 1940,” The Journal of Holocaust Research, 37 no. 1: 88-94. https://doi.10.1080/25785648.2022.2153979.
Fry, Varian. 2017. « Livrer sur demande… » Quand les artistes, les dissidents et les Juifs fuyaient les nazis (Marseille 1940-1941). Traduit de l’anglais par Édith Ochs. Marseille : Agone.
Grynberg, Anne. 1999. Les camps de la honte : les internés juifs des camps français 1939-1944. Paris : Éditions La Découverte.
Jablonka, Iva. 2013. “À nouvelle histoire, nouvelle mémoire.” Dans Nouvelles perspectives sur la Shoah, édité par Ivan Jablonka et Annette Wieviorka, 91-105. Paris : Presses universitaires de France.